Apprentissage expérientiel

Mon prof d’aïkido insistait: «Il faut répéter, répéter continuellement le geste jusqu’à le maîtriser.» Je précisais « inutile » cependant de répéter mécaniquement un geste si on ne sent pas ce qu’on fait. Vaut mieux faire deux gestes bien sentis que qua­rante répétés mécaniquement. On le retient plus si on sent le mouvement que si on le répète inconsciemment. Voilà, en ré­sumé, l’apprentissage rationnel comparé à l’apprentissage expérientiel.

On apprend plus par son expérience; c’est plus agréable non seulement et plus intéressant.

Permettez un exemple personnel. On m’a enseigné avec la méthode analytique, rationnelle. Grâce à ce cours, j’ai réussi d’abord à détester le ski, et ensuite à échouer le seul cours de toutes mes études.  Cela consistait à entendre des explications détaillées, à s’en bourrer le crâne et à tenter de contrôler ses mouvements par sa pensée : imaginez comme c’était pénible, ardu.

S’efforcer à penser à la pointe de mes pieds, à bien placer mes orteils dans mes bottes, à penser à l’angle STOP de mes ge­noux, l’angle avant, l’angle intérieur, l’angle de mes épaule, etc., etc., etc. Il fallait que je pense à tout ça en descendant! Le temps d’y penser il était trop tard. J’étais tendu de la tête aux pieds. Ça me faisait tellement de choses à penser, à m’en casser la tête. Et je ne progressais pas.  Heureusement j’ai eu un autre prof de ski. Il nous donnait des problèmes à résoudre, des expériences à faire et nous demandait de découvrir le bon mouvement intuitivement, instinctivement. Il nous disait par exemple : « Descendez la pente et essayez de modifier votre flexion des genoux. Faites un bout très peu fléchis et un autre bout demi-fléchis. Vous me direz ensuite ce qui fonctionne le mieux pour vous. Dans ce cours, j’en ai appris beaucoup plus. J’ai aussi appris à aimer skier. Le premier cours de ski ressemblait beaucoup à d’autres cours.  Dans tous les apprentissages on voit ces deux formes d’enseignement et d’apprentissage, rationnel expérientiel.

Distinguons l’apprentissage expérientiel, inductif de l’apprentissage rationnel, déductif, analytique. L’apprentissage rationnel utilise les étapes classiques «explication», «démonstration», «exécution», «correction» jusqu’à «automatisation ». L’apprentissage expé­rientiel utilise les étapes et des interventions utiles à chaque étape. Et j’ai «fait aimer» le ski à des gens, je les ai aidés à devenir plus efficaces, c’est-à-dire obtenir plus de résultats en fournissant moins d’efforts.

L’en­traîneur des champions olympiques n’est pas un champion olympique! Quelques années plus tard, je suis devenu prof. de ski et j’ai enseigné avec succès à des gens plus avancés que moi! Les adultes participant à mes cours ont refusé de revenir à « l’ancienne méthode » (rationnelle), où il faut «se casser la tête pour savoir comment faire».

L’expérimentation donne le goût d’apprendre!

Voici un autre exemple. Autrefois, on apprenait l’anglais par la méthode rationnelle. On apprenait par cœur les règles de grammaire (formulées en français !), les verbes irréguliers, etc. On faisait de la traduction du français vers l’anglais de l’anglais vers le français.. Avec des méthodes expérimentales, on apprend à parler anglais en parlant di­rectement l’anglais. Cette méthode directe utilise l’expérimentation — des perceptions, des sensations, des impressions, des imitations dans la langue à apprendre— mais pas de traduction. L’apprentissage par traduction amène à faire un détour rationnel : 1. Penser en français 2. Traduire en anglais. Ce détour impose un effort inutile et retarde l’apprentissage. On a pensé longtemps que ce n’était pas possible de penser directement dans la langue à apprendre ou de descendre directement une pente de ski. Pourtant avec les tout jeunes enfants, avec qui la méthode déductive semble impraticable, on enseigne « par le jeu » c’est-à-dire par l’expérience.

Avec la méthode rationnelle on doit apprendre par coeur. En ski on dit à la personne qui veut apprendre à quel angle placé ses pieds, ses genoux, ses épaules, etc. On explique, on démontre ce qu’il faut faire. On mémorise ce qu’il faut faire. On utilise uniquement le cerveau gauche analytique et déductif.   On fait du ski par déduction.   On apprend dans sa tête puis on tente de l’exécuter avec son corps.

C’est comme faire l’amour selon le livre! Ce qu’on emmagasine dans sa tête, non seulement n’aide pas mais nuit à le rendre par le corps car on doit sentir ses mouvements.

L’approche explication, démonstration, etc. repose sur le postulat que l’élève est une cruche vide dans laquelle il faut mettre de la science. L’appproche expérimentation, induction, etc., repose sur le postulat que l’élève a dans le corps et dans l’esprit ce qu’il faut pour apprendre. On charge le cerveau gauche de tellement d’informations qu’on rend difficile l’attention au moment présent. On obtient de meilleurs résultats en disant, sans explication ni démonstration, «Fais pareil; ne pense à rien et fais pareil! On apprend plus ainsi car on fait fonctionner aussi son cerveau droit, intuitif, inductif, global.

L’autre exemple pour enseigner la morale. La méthode rationnelle d’enseigner la morale consiste à mémoriser une série de choses à faire et à ne pas faire. L’apprentissage expérientiel, part de l’expérience vécue. On n’a pas besoin d’attendre la réponse d’un autre. Par exemple, on discute avec les jeunes ou moins jeunes de situations où on se fait prendre ses choses?» Ils y découvrent ce qu’on ressent dans pareilles situations. Il décide alors d’agir autrement.

Le cerveau droit sent, on utilise la pensée intuitive, on tâtonne pour voir ce qui est efficace.

Dans la méthode rationnelle la cor­rection vient de l’extérieur. Le prof dé­tecte et pointe les défauts. L’étudiant se fie alors sur le prof pour observer ses gestes.

L’étudiant apprend à se fier à une observation et une cor­rection extérieures. Il s’exécute et puis il dit au prof. «Ai-je bien fait mon saut?». Le prof regarde. Fais plus de flexion. Place ton poids plus en avant, etc.»

Ainsi la prochaine fois qu’il s’exécutera, en plus de l’explication analytique reçue au départ, il aura les trois corrections qu’il vient de recevoir; il devra penser aux cinq éléments fondamentaux vus pendant la démonstration, plus les trois corrections qu’il vient de se faire servir, ça lui fera huit choses à penser à la fois pendant qu’il s’exécute. Ça devient compliqué.

Avec la méthode expérientielle, on apprend à sentir, à s’observer, s’évacuer, se corriger lui-même. Cet apprentissage naturel se fonde sur le potentiel régulateur intérieur, sur la capacité du système nerveux, de s’organiser, de conserver son équilibre. Si on enseignait à un enfant comme on enseigne comment se tenir de­bout sur ses skis, je me demande comment on marcherait!

On enseignait le saut en longueur en montrant les champions qui continuent leur foulée dans les airs. L’étudiant remarquait qu’il le faisait en trois foulées dans les airs. Avec l’apprentissage par déduction, il essayait donc de faire trois foulées dans les airs : il se secouait les jambes. Mais ce n’est pas ça que le champion faisait.

L’approche expérientielle : elle saute et s’imagine qu’on court sur un nuage. Le nombre de foulées faites dans les airs importe peu. Le champion pouvait en faire trois. Si le débutant peut en faire une bravo; l’important c’est de faire l’expérience de «continuer de courir» dans les airs pendant le saut.

Croyez-le ou non, à mon cours d’instructeur en natation, on enseignait d’abord la natation à sec et ensuite on passait à l’eau. On automatisait un geste au sec pour ensuite l’exécuter dans l’eau. On sait qu’on a la capacité innée de nager.

Les animaux apprennent à nager tout seuls. J’ai appris à nager tout seul. Avec la méthode expérientielle, on enseigne aux bébés à nager.

C’est entre six et dix mois qu’on apprend à nager plus facilement. C’est le corps qui enseigne à nager. Le prof propose des expériences qui mettent en action, les mécanismes corporels de la natation. Une fois la tête sous l’eau, le bébé cesse de respirer quand il en ressort il respire et il flotte sans effort.

Dans l’apprentissage expérientiel on fait des expériences : on essaie quelque chose en sentant ce qui se passe, en étant attentif, en s’observant soi-même. La tâche du prof. consiste à choisir et structurer les expériences les plus appro­priées à chaque phase d’apprentissage. Proposer l’expérience appropriée au moment pertinent amène découverte et efficacité.

 

Les étapes de l’apprentissage expérientiel

  1. L’expérience.

Faire une expérience comme un scientifique, un chercheur. Essayer différents procédés et voir les résultats de chacun. Avant d’aller à l’école, on est déjà un chercheur; on expérimente toutes sortes de procédés; on essaie différentes choses pour voir ce qui se passe. Arrivés à l’école, on se fait dire «arrête de chercher, on va te donner la réponse». Voilà pourquoi des étudiants arrivaient à mon bureau à l’université et me disaient «J’aimerais que tu me donnes un sujet de recherche pour mon mémoire ou ma thèse! » Bien sûr j’aurais pu leur donner des sujets de recherche qui m’intéressaient, mais en parlant, ils découvraient tel sujet qui les intéressait.

Une expérience ne comporte pas de réussite ou d’échec mais des essais et des résultats. «Faire la «bonne» chose telle qu’on me l’a dit met une pression trop grande, où on veut trop réussir. Dans la position d’essayer quelque chose, on est plus détendu et les mécanismes de régulation intérieure peuvent mieux entrer en action.

Une expé­rience doit comporter un élément de défi; une tâche fait avec conscience, curiosité, attention. Être conscient, signifie  avoir les canaux sensoriels ouverts : pendant qu’on fait quelque chose, sentir, voir, entendre, toucher, etc.

Quand le prof donne les explications, fait ses démonstrations, il prend la vedette et c’est gratifiant. Dans l’apprentissage expérientiel, le prof guide l’élève à faire son expérience. Il choisit et propose des expériences de plus en plus précises, nuancées et pose des questions pour en tirer des conclusions, des apprentissages.

Chaque expérience vise à saisir et à distinguer ce qui marche et ce qui ne marche pas, ce qui est plus efficace et moins efficace.

En ski par exemple, on pro­pose des expériences sur la posture, l’inclinaison, la flexion des chevilles, des genoux etc. Les connaissances en bio-mécanique servent à choisir les expériences pertinentes pour mettre en relief l’effet de la flexion des chevilles, des genoux, des hanches sur la posture et l’équilibre général. Il n’est pas compliqué de transformer un enseignement fondé sur l’apprentissage rationnel en apprentissage expérientiel. Si d’habitude on démontre l’angle qu’il «faut» adopter selon la méthode rationnelle, il s’agit tout simplement de choisir les expériences pour que les étudiants sentent et découvrent l’angle optimal, en faisant agir leur système nerveux. Comme en natation, on a besoin de sentir qu’on flotte, en ski, on a besoin de sentir qu’on conserve son équilibre

Ça prend des expériences variées, graduées, destinées à en saisir les effets de façon glo­bale, directe, intuitive.

Suis-moi et ne pense à rien et fais pareil, suis assez proche pour ne pas avoir le temps de penser. Pour avoir un geste direct, senti et non pensé, déduit, traduit, apprendre l’anglais sans traduction. Certains films d’arts martiaux le démontrent claire­ment, quand, on est efficace, quand on veut déduire le mouvement efficace par exemple. Celui qui sent la situation gagne, celui qui pense, analyse la situation chute. Au moment où l’un pense à ce qu’il devrait faire, l’autre le déséquilibre.

L’enseignement vise à ne pas pen­ser à l’équilibre, mais à sentir l’équilibre.

La variété d’expériences qu’on peut inventer est infinie.

À l’étape de l’expérience on peut demander :

«Quel est ton objectif?»,

«Que fais-tu présen­tement?»,

«Qu’est-ce que tu essaies?».

«Sur quoi mets-tu ton attention?»

Pour faire une expérience on doit mettre son attention sur quelque chose.

«Qu’est-ce qui se passe?»,

«Résumes-moi où tu en es rendu»,

«Qu’est-ce que tu ressens maintenant?»,

«Qu’est-ce qui se passe quand tu le fais de cette manière?»

 

  1. La communication.

Parmi les questions facili­tantes, on peut employer

«Qu’est-ce qui s’est passé?»,

«Qu’est-ce qui a marché?»,

«Qu’est-ce que tu as fait?»,

«Quels résultats cela a-t-il donné?»,

Qu’as-tu senti?»,

«Qu’as-tu pensé pendant l’expérience?»,

«En quoi était-ce différent de la fois précédente?»,

«Qu’as-tu observé chez d’autres personnes?»,

«Comment font-ils?»,

«Qu’est-ce que tu vois?»,

«Qu’est-ce qui t’as surpris?»,

Si telle expérience ne les rejoint pas c’est qu’elle ne correspond pas à leur niveau de disponibilité d’apprentissage.

«Quel a été le point culminant?»,

«Qu’est-ce que tu as trouvé facile, difficile?»,

«Qu’est-ce qui marche mieux?»,

«Quelle était ta stratégie?»

L’approche expérientielle s’applique aussi dans les activités de groupe. Les étudiants s’immobilisent au sifflet et répondent aux questions qu’on leur pose pour les amener à observer ce qui se passe et en trier des conclusions.

«Où êtes-vous rendus?»,

«Qu’est-ce qui marche?»,

«Qu’est-ce qui ne marche pas?»

 

  1. L’intégration

À cette étape, on tire des conclusions sur son expérience. Suite aux observations précédentes, on peu poser des questions comme: «À l’endroit où vous êtes placés, pensez-vous que vous avez des chances de marquer des points?».

Les étudiants ne découvrent pas nécessairement la clé dès la première fois qu’ils font cette expérience. Ils devraient alors ré-essayer comme on refait une expérience en laboratoire. En induction, on a besoin de faire plusieurs essais et souvent peut-être de façon différente avant qu’on pige quelque chose. On peut devoir restreindre le champ d’observation sur un aspect spécifique

Il n’y a ni échec ni erreur. On a expérimenté, on a observé ce qu’on a fait.

Si rien ne surprend l’étudiant les expériences qu’on lui a présentées sont sans doute pro­bablement trop faciles ou trop difficiles à son niveau.

«De quoi ça dépend?»,

«As-tu observé certaines tendances, certaines constantes?»,

«Quelque chose qui se répète?»,

«Qu’est-ce que ça signifie?»,

«De quoi ça dépend?».

«Quand tu fais de telle façon, ça produit quoi?»

On demande aux autres:

«Avez-vous eu la même expérience?»,

«Est-ce que ça fait la même chose pour vous?»,

«Qu’avez-vous appris?»,

«Qu’avez-vous avez vu?»,

«Que ferez-vous de semblable ou de différent quand vous allez recommencer?», «Qu’est-ce qui marche?»,

«Qu’est-ce qui ne marche pas?»,

«Quel est le facteur dominant?».

«Qu’est-ce qui change le plus dans tout ça?»,

«Comment as-tu résolu le problème?»,

«Peux-tu comparer ça à d’autre chose semblable que tu as déjà faite?»,

«Y a-t-il d’autres façons de procéder?»

 

  1. Généralisation

À cette étape, on tente de faire un certain transfert entre cette situation et d’autres semblables.

«Est-ce que ça te rappelle d’autres expériences que tu as déjà vécues?»,

«Y a-t-il une constante?»

«Y a-t-il des liens entre cette expérience et d’autres que tu as déjà faites?»,

«Est-ce caractéristique de ta façon de faire?»,

«Y a-t-il une conclusion que tu tires maintenant que tu peux appliquer?»,

«Pourrais-tu me résumer ça sous forme d’un énoncé ou d’un principe, sous la forme de:

«Quand on fait telle chose, on obtient tel résultat»

Exemple :

«Quand je fléchis trop, je tombe vers l’avant. Quand je ne fléchis pas assez, je tombe vers l’arrière.»

Dorénavant comment te propose-tu d’agir?

 

  1. Application

Si on lui donne l’occasion d’expérimenter sans être crispé, sans avoir peur de la manquer (pour l’expérimenter vraiment)

«Dans quelle situation semblable penses-tu te retrouver bientôt?»,

«Comment peux-tu mettre ta découverte en pratique?»,

«Comment peux-tu adapter ça à ce que tu as à faire?»,

«Y a-t-il d’autres situations concrètes où tu peux appliquer le même principe?»,

«Comment pourrais-tu améliorer ton rendement?»,

«Que feriez-vous de différent?»,

«Quelle sera votre nouvelle stratégie?»,

«Quelles nouvelles options se présentent à vous?»,

«Que pourriez-vous faire pour vous aider ou pour vous nuire?»,

«Quelles sont les conséquences de votre façon d’agir?»,

«Comment pouvez-vous utiliser ça à court terme, à moyen terme?»

La boucle est alors bouclée; on repart faire une autre expérience.

Sa conclusion devient le nouveau point de mire de sa nouvelle expérience.

La méthode rationnelle prend plus de temps, à cause du détour par la pensée. Avec l’approche expérientielle, l’apprentissage est plus rapide, pour deux raisons. D’abord l’étudiant apprend à utiliser immédiatement ce qui se passe dans son corps et sa pensée et alors le lien se fait plus vite. De plus, on perd moins de temps à donner des explications et l’étudiant est en action pendant une plus grande partie du cours. S’il est 50 minutes en action sur ses skis et 10 minutes à parler, il en apprendra probablement plus que s’il est en action 30 minutes et passe 30 minutes à regarder la démonstration et à écouter l’explication.

L’approche expérientielle permet de fournir plus d’expériences qui répondent aux besoins de chacun. On y propose des expériences qui offrent plus de latitude. Si on propose à des skieurs de faire l’expérience d’être le plus flexibles, souples, détendus possible, et aussi d’être le plus raide, le plus crispé, le plus tendu possible, certains feront cette expérience dans une marge de 0 à 10 et d’autres de 2 à 6, d’autres de 5 à 8, etc. .

Surtout les expériences du type inductif qui font appel au cerveau droit, en plus du cerveau gauche. Chacun la fait à son niveau de capacité.

La réponse qu’on obtient n’est pas nécessairement celle qu’on attend. Il importe d’être prêt à prendre la réponse que l’étudiant apporte. On va amener chacun à découvrir ce qu’il peut à chaque moment.

Même sans prof, un enfant, un adulte, peut apprendre. Ce que la présence et la compétence de l’enseignant apporte de plus, c’est le choix des expériences les plus appropriées au niveau d’apprentissage de l’élève, à sa morphologie, à ses caractéristiques particulières. La connaissance de l’activité à apprendre permet de choisir, de proposer, structurer et faciliter des expériences pour rendre l’apprentissage plus intéressant, plus productif, plus agréable et plus efficace. L’expérience spontanée c’est celle que l’élève fait quand il n’y a pas de prof.

L’expérience structurée est celle qu’il fait quand il y a un prof qui dit: «Maintenant nous allons essayer telle expérience». Si le prof choisit les expériences pertinentes, il propose non seulement des activités accessibles, intéressantes, motivantes et sécuritaires.

La tâche de l’enseignant consiste à traduire un objectif d’apprentissage en expériences à proposer aux étudiants pour atteindre cet objectif.

Le prof fournit des expériences pour élargir la gamme de comportements et de stratégies de l’étudiant et le rendre plus flexible pour pouvoir expérimenter autre chose, et aussi pour perdre certains conditionnements acquis .

 

Natation méthode expérientielle

  1. Jouer des jeux :

«attrape-moi» dans l’eau. Totalement absorbé à vouloir attraper l’autre, on ne se rend pas compte qu’on met la tête dans l’eau. À un autre moment pour ne pas se faire attraper, on rame avec ses mains et on se met à nager, puis tout à coup, les pieds ne touchent pas le fond. Sans s’en rendre compte, on apprend à nager, à flotter, à se mouvoir dans l’eau.

 Aller chercher un objet au fond de la piscine.

Dans ces jeux l’étudiant devient tel­lement absorbé par l’idée d’aller chercher la rondelle au fond, qu’il ne se rend pas compte qu’il se met la tête dans l’eau, arrête de respirer pendant qu’il va chercher la rondelle, et qu’il recommence à respirer une fois revenu hors de l’eau.

  1. Sauter dans le pro­fond avec perche tenue par l’instructeur comme sécurité, au besoin.
  2. Sauter des tremplins. Après trois cours ils savaient flotter et nager.

Un jeune saute du tremplin et il ressort comme un bouchon et s’écrie «Eh les gars on flotte!». Il venait de faire l’expérience qu’on flotte; alors pas besoin de lui enseigner comment flotter.

 

Taï-chi méthode expérientielle

En taï-chi on apprend un enchaînement de 28 ou de 108 gestes selon qu’on prend la formule courte ou longue. On peut se surcharger la tête et apprendre la routine par coeur. On ne fait pas alors l’expérience du taï-chi. Faire l’expérience du taï-chi inclut de sentir son centre qui descend, le transfert de poids d’un pied sur l’autre, faire l’expérience de certains gestes des mains dans des directions particulières. J’ai suivi des cours de taï-chi avec trois professeurs différents, dont un avec le grand maître Al Huang. La première chose qu’il nous a dite: «Vous voulez apprendre le fameux enchaînement du taï-chi n’est-ce pas? Oubliez tout ça. On va faire des ex­périences pour être bien dans son corps et se déplacer aisément, c’est ça le taï-chi!». Il nous a donné peu d’explications et nous a proposé de faire plusieurs expériences qui avaient toutes un petit défi.

 

Ski méthode expérientielle

Flexion optimale des genoux.

Descendre la pente en variant l’angle des genoux après de brèves instructions en haut de la pente. On demande aux skieurs nerveux : «Qu’est-ce qui se passe quand vous variez la flexion des genoux?» La réponse la plus étonnante: «C’est quand j’exagère la flexion que ça va mieux! Devrais-je exagérer ainsi?» Nous lui avons répondu: «Ce que tu trouves exagéré c’est ce qui semble efficace?». Dans sa tête il y avait un angle supposé «normal», mais dans ses sensations, il sentait qu’une flexion encore plus grande allait mieux. C’est quand on fléchit moins, fléchit plus, puis fléchit au maximum, fléchit au minimum qu’on découvre la flexion adéquate, optimale, efficace.

Descendre la pente et s’imaginer qu’on est en compétition.

Voir une porte et l’attaquer. Aussitôt cette porte franchie, en visualiser une autre et la passer avec l’état d’esprit de compétition. En posture mentale de compétition, on réussit des choses qu’on ne fait pas quand on n’est pas dans cette posture.

Descendre avec style.

Descendre la pente le plus élégamment possible. Imaginer que les caméras vous filment! En descendant les pentes ainsi on est plus habile. L’élégance et l’efficacité c’est la même chose, quand on les sent.

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