Approche humaniste pour traiter l’autisme

Entrevue avec Barry Neil Kaufman.

Suite à votre expérience personnelle avec votre fils autiste, vous avez créé une approche pour traiter l’autisme. Quels en sont les principes ?

Raun, notre fils est devenu autiste, à un an et demi, il a cessé toute communication avec nous et s’est enfermé dans un monde où nous n’avions aucun accès. Pour des parents, c’est une des plus grandes épreuves. C’est tout à fait clair pour moi que nous avons réussi à rétablir le contact avec Raun grâce à l’attitude que nous avions développée, d’être d’abord heureux avec nous-mêmes et de l’accepter entièrement avant de penser à l’aider.

Ainsi quand Raun a apparu dans notre vie et quand il a apparu comme un enfant sérieusement dérangé dans le sens qu’il avait un dilemme prétendu dramatique, nous avons fait une tournée internationale des centres de traitement des enfants autistes. Le pronostic était qu’il resterait dans cette voie pour le reste de sa vie. Nous avons vu beaucoup d’approches différentes : certains programmes de modification de comportement où on donnait des chocs électriques aux enfants, où on les frappait, nous avons vu des enfants attachés à leur chaise, des enfants sous l’effet de lourdes drogues, des sédatifs, etc.

Suite à cette observation il est devenu clair pour nous que c’était l’attitude de base qui était en cause. L’attitude la plus répandue considérait que l’enfant était mauvais, que l’enfant faisait quelque chose de mal. Et donc, on corrigeait ces enfants parce qu’ils étaient mauvais afin de les rendre bons. L’enfant était ainsi la victime de cette perspective jugeante et désapprobatrice. Si un enfant faisait telle chose, on lui attachait les mains ou autres mesures diverses pour l’arrêter.

Nous nous sommes consultés nous-mêmes: « Voulons-nous traiter notre être humain de cette manière ? Cela allait à l’encontre de tout ce que nous avions appris en pratiquant l’approche Option.

Si j’ai bien compris l’approche Option emploie un dialogue pour aider les gens à se comprendre et en particulier à dénouer les nœuds qui les rendent malheureux. Comment alors appliquer cette approche à des enfants qui ne parlent pas, qui ne communiquent pas ?

L’attitude de base sur lequel se fonde le dialogue, c’est l’acceptation intégrale de la personne. Nous croyons que toute personne a ses raisons d’agir comme elle le fait. Nous avons donc adopté cette attitude envers notre enfant. Nous avons employé une manière tout à fait différente. Au lieu d’aller contre l’enfant nous sommes allés avec notre fils. Au lieu de désapprouver ce qu’il a fait, nous nous sommes dit: « Il le fait pour les meilleures raisons qu’il connait maintenant.» Et nous avons essayé de comprendre pourquoi il agissait ainsi plutôt que d’essayer de l’empêcher ou de l’arrêter. Nous avons donc changé toute la dynamique.

Quand nous faisons un dialogue avec une personne, nous tentons de comprendre avec elle son propre fonctionnement. Par nos questions ouvertes, un peu comme une sage-femme, nous l’amenons à découvrir sa propre vérité sans l’analyser et sans décider pour elle ce qu’elle devrait faire. Nous avons fait la même chose avec Raun. Au lieu d’en faire notre élève nous l’avons pris comme notre professeur. Au lieu de le faire réagir comme nous aurions voulu qu’il agisse, nous lui avons permis de guider lui-même le processus. Ce qui est arrivé est miraculeux. Tous les experts nous avaient dit qu’on ne pouvait rien faire avec un enfant autiste si jeune. Et par la suite nous avons employé la même approche avec beaucoup d’enfants différents et des adultes dans des situations très différentes. Cette attitude reste la base de notre traitement de l’autisme et de bien d’autres troubles dits sévères. Nous essayons de les aider à se développer eux-mêmes, car nous avons confiance en eux.

Cette confiance totale est une révolution dans notre culture !

Nous vivons dans une culture où on n’a pas confiance en soi. Nous devons d’abord prendre confiance en nous-mêmes pour transmettre cette confiance à un autre être humain. Nous traitons les gens comme les meilleurs experts dans leur propre situation. De cete façon chacun peut être là pour un autre être humain. Ainsi, pour appliquer l’approche Option avec Raun nous avons d’abord nettoyé notre propre tristesse, retrouvé notre clarté intérieure, activé notre sens confiance en nous-mêmes.

Qu’en est-il du développement intellectuel des enfants autistes ?

Les gens nous demandent souvent : «Pensez-vous qu’il est si intelligent parce qu’il a déjà été autiste?» Il a été démontré que le potentiel de chaque enfant n’a aucun rapport avec l’autisme. Il a un rapport avec les messages qu’il reçoit de son entourage. Le message que nous donnons à ces enfants est :«Tu es ok. Peu importe ce que tu penses, tu es ok. Peu importe ce que tu désires, c’est merveilleux. Peu importe l’impression que tu dégages, tu es ok. Tu peux avoir tes pensées propres. Tu peux avoir confiance en toi-même. « Pour un enfant, recevoir de tels messages nourrit leur personnalité.

Les messages transmis aux enfants à l’école ne sont pas nécessairement ceux que vous avez donnés à Raun. Comment s’y est-il adapté ?

Quand Raun est allé à l’école, une école régulière, il était complètement hors de l’autisme. C’était étonnant de le voir fonctionner et de voir comment les autres élèves se comportaient avec lui. Il parlait librement, il était même bavard.» Ce n’est parce qu’il était autiste que Raun est brillant, mais parce qu’il a confiance en lui. Quand il avait six ans, il montrait les quatre coins de sa tête et disait : « Toutes les parties de mon cerveau fonctionnent toujours. »

Aussi, nous avons attendu jusqu’à ce que Raun parle très bien pour l’envoyer à une école. Nous avons fait une transition très progressive et très prudent. D’abord il est allé à une maternelle où nos autres enfants étaient allés auparavant. L’éducatrice était bien informée de notre mode de fonctionnement et de nos attitudes. Par une petite fenêtre j’allais observer les réactions de Raun deux heures à la fois. Et nous parlions chaque soir de ce qui s’était passé au cours de la journée.

Puis il est allé à une autre école privée. Nous avons discuté longuement avec l’enseignante. Elle était sensible à nos attitudes et nos méthodes. À cette école, il y avait un enfant, disons, turbulent. Et l’enseignant lui disait: «Guillaume, tu es un mauvais garçon aujourd’hui.» Et alors Raun la regardait et disait : « Guillaume n’est pas un mauvais garçon; il est seulement malheureux maintenant. » Il réagissait ainsi chaque fois qu’elle le disait. Un jour, elle a commencé à dire : « Guillaume, tu es… Elle s’est arrêtée a regardé Raun et a dit… malheureux présentement. »

J’imagine que ces attitudes étaient si profondément enracinées en lui qu’il savait se tenir et s’affirmer. Et nous étions là, disponibles chaque jour pour discuter avec lui s’il n’avait pas été heureux de quelque chose.

Vous avez d’autres exemples de cette période de sa croissance ?

Un jour l’éducatrice a appelé parce qu’elle avait demandé de dessiner une image d’un évènement récent ou très habituel, et Raun avait dessiné une image de sa mère enceinte, avec lui dans son ventre en train de faire tourner une assiette comme une toupie. Raun avait environ trois ans à l’époque et il parlait.

Lors d’un jeu Samahria lui a demandé : «De quelle planète es-tu venu, Raun ? » Il a regardé au ciel, puis lui a dit : « Je suis de la planète salle de bains.» (Comme c’est relaté dans Un miracle de l’amour, Samahria a passé des mois seule avec Raun à faire tourner des assiettes et autres jeux répétitifs qu’il aimait pratiquer.)

Votre approche s’applique-t-elle avec des psychotiques ?

Je ne peux vous répondre qu’en vous décrivant une situation très intéressante vécue à notre institut. Depuis des décennies nous avons travaillé avec des gens dans des situations très diversifiées. Et nous recevions aussi beaucoup de questions fort intéressantes.

Nous avons travaillé de avec une personne qui s’automutilait ; elle se frappait la tête contre les murs et elle avait même tenté de se tuer. Le père de cette jeune fille de seize ans avait participé à une formation d’été où nous accueillons des adultes de tous les continents et de toutes conditions, des docteurs, des enseignants, des architectes, des médecins, etc, qui viennent travailler sur eux-mêmes durant deux mois. La moitié des gens étaient actifs et l’autre moitié avaient été institutionnalisée pendant plusieurs années et étaient violents et étiquetés «psychotiques».

Cette jeune fille avait été mise dans une camisole de force. Chaque fois qu’elle s’agitait, on lui injectait un tranquillisant. Elle tomberait sous l’effet du tranquillisant et on la mettait dans une cellule d’isolement. Au cours de l’été son père, prenant confiance en lui, eut l’idée de sortir sa fille de l’hôpital et essayer de l’aider et travailler avec elle. Il craignait la réaction de sa fille et se posait beaucoup de questions. Prenant son courage. Il prit un congé de son travail pour un an. Il sortit sa fille de l’institution et l’amena à notre institut.

C’était la personne qui nous posait le défi le plus intéressant que nous ayons rencontré à l’époque. (Depuis nous avons eu plusieurs personnes présentant des situations semblables.) Elle portait un casque de sport parce qu’elle se frappait la tête, elle mordrait les gens, elle portait une mentonnière attachée à son casque.

Je me posais la question «Pourquoi a-t-on peur de ces gens ? Pourquoi les appeler malade ?» Il me semblait qu’on employait avec eux une seule approche, le contrôle. J’ai réalisé qu’on pouvait tenter des choses très simples et de tenter de l’aider différemment.

Elle était sous l’effet de lourdes doses de tranquillisants depuis environ quatre ans. Il a décidé que désormais elle ne prendrait plus de médication. Peu après son arrivée elle s’est endormie au milieu de la pièce où nous allons travailler avec elle.

Nous avons indiqué à tout notre personnel comment nous allons travailler avec elle. La consigne était de ne pas aller contre elle, de la traiter avec amour et douceur, de lui démontrer de l’acceptation le mieux possible, même si elle semblait violente.

Le lendemain, elle se lève et la première personne à travailler avec elle est là. Elle bondit et littéralement elle l’attaque de toute sa force, comme dans un match de rugby, elle l’attrape avec ses mains, lui donne des coups de pied, etc. Deux autres personnes observent à travers un miroir sans teint.

Un grand homme décide qu’il doit mettre un frein à tout ça : il entre et place son corps entre le médecin et la fille. Elle s’attaque donc à lui de toutes ses forces parce qu’il est la chose disponible la plus proche. Il ne va pas contre elle, ne la blesse pas, ne saute pas sur elle, ne fait rien pour contre-attaquer, il ne fait que se protéger et esquive ses coups. Arrive un moment où elle est épuisée et elle s’étand sur le matelas.

Et toute la journée s’est poursuivie ainsi. Nous continuions de travailler sur nous-mêmes. Quand la première femme est sortie de la pièce, je lui ai demandé : « Comment vas-tu ?» Elle a répondu : «Me me porte à merveille. Je l’ai fait. Je n’ai pas senti de jugement envers elle, j’ai me suis senti parfaitement ok, j’ai ressenti une véritable acceptation, je l’aime vraiment. Et tout à coup, elle a commencé à pleurer. «Pourquoi avez-vous crié ? J’ai été vraiment effrayé.» Nous avons choisi d’en parler plus tard. Il y avait beaucoup d’agitation parmi le personnel, pas par doute du processus, mais par émerveillement. Plusieurs avaient des questions sur leur propre capacité de pouvoir fonctionner de la même façon.

Vers la fin du premier jour, la jeune avait donné un coup de pied dans les murs, arraché trois thermostats, démoli une porte de treillis, déchiré les tentures, etc. Le préposé à l’entretien se déplaçait toute la journée; chaque fois qu’elle donnait un coup de pied puis il se dit le bâtiment n’est pas important.

Le deuxième jour, nous la suivions toujours dans son processus. Elle ne parlait pas. Nous ne la comprenions pas. Elle a continué son entreprise de démolition. Nous avons remarqué qu’il y avait plus de contact et la démolition était plus mesurée. Elle frappait seulement comme une déchainée. Et même s’ils étaient intimidés les moniteurs disaient : «OK : Heidi, si tu veux nous dire ou me montrer quelque chose j’essayerai de te comprendre. Personne n’a sauté sur elle comme on l’avait fait pendant les dix dernières années à l’hôpital. Personne ne l’a attaché dans une camisole de force. Personne n’a essayé de lui donner une injection pour la tranquilliser.

Nous avions dit au père que nous essayerons de développer une relation dans l’intégrité, que nous lui dirions toute la vérité. Nous ne pouvions que supposer qu’elle se connaissait plus que nous comprenions. Même si elle ne sait pas le dire, elle le sait par son attitude. Mais alors quelqu’un a décidé de lui mentir pour raison quelconque à propos de la nourriture alors qu’on la guidait vers la salle de bains. On lui a dit qu’il n’y avait pas de nourriture sur la table dans la cuisine. Par la porte entrebâillée elle a vu de la nourriture sur la table; elle est devenue furieuse et a démoli la porte. Elle était très forte. Nous lui avons dit que quelqu’un avait fait une erreur et n’avait pas l’intention de la tromper. C’était la fin du deuxième jour !

Nous avons maintenu cette attitude cohérente avec elle au troisième jour. Au lieu de donner un coup de poing aux gens, elle a commencé à communiquer, pointer ou grogner. Elle parlait comme si elle n’avait jamais appris à parler. Mais nous savions qu’elle avait appris à parler dans son enfance. Vers la fin de la troisième après-midi, elle a commencé à parler, en disant des phrases de deux, trois ou quatre mots.

Le quatrième jour, nous parlions avec elle de son casque qu’elle portait depuis des années; elle l’enlevait et le tenait près d’elle et deux ou trois minutes plus tard, elle le remettait rapidement. Elle avait peur : le casque représentait la sécurité, puisqu’on le lui avait mis pour la protéger contre elle-même.

Le cinquième jour, elle n’utilisait plus le casque.

Vers la fin de la semaine suivante, elle parlait couramment. Elle marchait comme vous et moi. (Au début, elle marchait légèrement voutée et elle vacillait.) C’était fascinant de voir en si peu de temps le progrès de cette personne qui avait été diagnostiquée «psychotique schizophrène incurable avec syndrome cérébral dégénératif ». En deux semaines, elle parlait, pas comme vous et moi maintenant, mais elle utilisait les mots. Elle a même demandé à son père le septième jour, s’il était heureux avec elle.

Elle qui n’avait jamais souri ou ri depuis les six dernières années. est venue vers son père, l’a appelé, lui a fait signe de la main et lui a souri le huitième jour. Il a pleuré : il n’avait pas vu sa fille sourire depuis tant d’années. C’était un moment très émouvant.

Alors, si vous me demandez si cette approche fonctionne avec un psychotique, je ne peux vous donner aucune garantie. Mais je pense que l’attitude a un effet si profond qu’elle peut grandement faciliter.

Votre approche ne semble pas avoir de limites. Vous avez travaillé avec d’autres cas réputés difficiles ?

J’ai travaillé avec beaucoup de personnes ayant développé un cancer. Nous abordons la santé sous un angle non médical. Nous avons une approche éducative. Et mon impression est que nos croyances s’auto-accomplissent. Si vous croyez que vous avez une maladie qui va vous tuer, vous risquez que vos croyances se réalisent. En nous appuyant sur notre attitude, nous traitons de l’aspect émotionnel lié à la condition physique.

Je me souviens d’un homme avec qui j’ai travaillé. Il avait une condition de reins irrécupérable. On lui a proposé la chimiothérapie et la radiothérapie. On estimait qu’il avait une chance qu’il y ait une autre tumeur en plus de celle qu’il avait déjà. Il était très angoissé. Je lui ai dit : « Écoutez, je ne suis ni pour ni contre l’opération ou la chimiothérapie. Je veux vous aider à trouver ce que vous pourriez faire de mieux pour vous. Et je suis persuadé que si vous êtes attendu et effrayé cela a un effet sur votre corps. Nous avons fait une séance marathon d’Option ; nous avons examiné ensemble toutes ses attitudes et ses craintes. En arrivant je l’ai embrassé et je lui ai dit «Que ressens-tu à l’idée d’avoir le cancer ?» Il m’a souri et m’a dit : «Je m’attendais à une telle question de votre part.» Cette question et bien d’autres ont fait partie d’un processus intensif qui a duré une semaine. Il a traité de beaucoup de sujets importants pour lui. Comment pensait-il de mourir si jeune, 33 ans ? Que ressentait-il à l’idée que sa femme se remarie et vive avec une autre personne dans la maison qu’il avait bâtie lui-même? Comment pensait-il que sa fille se souviendrait de lui ? Nous avons parlé ouvertement de toutes ces questions. C’étaient ses questions et non les miennes. Il disait par exemple : « Je voudrais que ma femme soit heureuse avec une autre personne si elle le veut vraiment. Il a décortiqué chaque crainte jusqu’à ce qu’il soit à l’aise face à la situation.

Il a voulu en savoir plus sur la sorte de cancer qu’il avait. Donc nous sommes allés à la bibliothèque médicale de l’université et nous avons commencé à étudier cette sorte de cancer et la sorte de traitements suggérés. Nous avons étudié de nombreux livres et articles de médecine. Nous avons ensemble étudié leur diagnostic et pronostic de mortalité. Nous nous sommes familiarisés avec ce vocabulaire spécialité. Je faisais avec lui des sessions de questionnement personnel sur l’information découverte. Il distinguait les croyances et les jugements contenus dans ces textes.

Le deuxième soir il m’a appelé et m’a dit : «Tu sais, ce qui est vraiment étonnant ? J’ai découvert aujourd’hui que la chimiothérapie qu’ils m’ont recommandée diminuerait probablement la répétition de cancer de 40 % mais j’aurais 45 % de chances de développer la leucémie. Soudainement je me rends compte que c’est la première fois que je fais des recherches sur un problème dont je prends les risques. Je me tournais toujours vers quelqu’un d’autre pour prendre mes décisions. Et si j’avais l’information, je ne crois pas que je prendrais les mêmes décisions aujourd’hui. »

Il est retourné voir le médecin et il lui a demandé : « Pourquoi ne m’avez-vous pas dit que le traitement proposé pourrait engendrer la leucémie? » Et le médecin lui a répondu :» J’ai pensé que ça valait le risque. » «Attendent une seconde. C’est mon corps. Je veux décider si je veux prendre ce risque.» En fin de compte il a décidé de ne pas faire la chimiothérapie et a créé son propre programme de santé. Il a travaillé sur lui-même avec des séances d’Option, il a changé son alimentation, il a cessé de fumer, il a commencé à s’entrainer et il a pratiqué la visualisation créatrice.

À la fin de nos entretiens il m’a dit : «C’est peut-être l’expérience la plus profonde j’ai vécue dans ma vie. J’ai appris tellement cette semaine. Je sens ainsi plus responsable, plus puissant, plus autonome. J’en suis reconnaissant envers mon cancer !»

Ça remet en question plusieurs de nos croyances sur la santé!

Nous constatons avec plusieurs personnes des liens très étroits entre notre corps et nos croyances, nos attitudes. J’ai observé des changements radicaux dans l’état de santé de plusieurs personnes lors de dialogues. Dans un de mes livres, je relate l’évolution d’un homme qui a appris à accueillir plutôt que maudire ses crises d’asthme. Le changement a été radical en quelques jours.

Vous relatez plusieurs situations qui ont changé radicalement. Tout cela me semble un peu magique.

Avec l’autisme nous l’avons démontré à maintes reprises. Nous avons accueilli ici une fille de quatre ans, qui refusait de manger depuis sa naissance. Elle avait été nourrie de force toute sa vie. On »l’alimentait» par injection intraveineuse. On avait fait un trou dans son estomac et nourri de force par un tube. À l’âge de deux ans, quelques minutes après avoir été alimentée elle mettrait ses doigts dans sa gorge et se faisait vomir. Son tube digestif était atrophié, son estomac se désintégrait à cause de l’infection. À quatre ans, elle avait le corps d’un enfant de deux ans.

Comme les parents pensaient qu’elle mourrait probablement dans six mois elle nous a appelés : «Je veux l’aide pour ma fille tout de suite.» Elle a insisté et a demandé qu’on la prenne. Même si nous étions très occupés à bien d’autres projets, nous avons accepté. Nos conseillers juridiques, nous ont dit : «Ne faites pas ça. Elle va probablement mourir dans votre propriété et on dira que vous avez causé sa mort.» J’ai dit : «Vous savez, si nous avions vécu sur cette base, nous n’aurions probabiement pas fait 90 % ce que nous avons fait. Nous l’avons fait auparavant. Si elle meurt ici, c’est correct. Et si les gens nous poursuivent, je saurai que j’aurai fait du mieux que je pouvais pour aider cette mère à obtenir ce qu’elle a voulu pour sa petite fille.»

Et nous avons essayé. Tout que nous pouvons faire c’était d’essayer. Je me souviens quand je parlais à la mère au téléphone, je lui disais : «Paula, il y a une grande ironie ici. Vous avez lu quatre de nos livres à ce jour. Si vous venez, nous écrirons les premiers pages de l’histoire de l’enfant qu’on a traitée sans jamais la forcer à manger. Je veux dire, il n’y a aucune manière de véritablement la nourrir de force. En fait, d’une certaine façon, nous serons probablement les premiers à lui indiquer c’est ok si vous ne veut pas manger, et même c’est ok si elle veut mourir. Et nous voulons être là pour vous de la façon que vous voulez que nous soyons avec vous.» Paula m’a répondu : «Bien, vous savez, cela va droit au coeur.» «Je lui ai dit : «Je ne parle pas seulement des mots. Je ne parle pas de faire croire qu’est ok de vivre ou pas, de lui jouer un tour pour la faire manger Je crois vraiment cela. Je crois que cette petite personne fait de son mieux, sans jugement. »

La mère et l’enfant sont venues et notre travail a commencé. Personne ne l’a forcé à manger, sauf la mère qui continuait de la nourrir de force par le tube. C’était un enfant très renfermée. Elle a commencé à établir des contacts avec des membres du personnel sauf avec la mère qui était la seule à la nourrir de force. Pendant deux à trois semaines, elle n’a pas mangé volontairement.

Alors la mère a décidé de ne plus la nourrir de force. En révisant ses propres craintes, elle avait décidé qu’elle laisserait sa liberté à son enfant. Deux jours plus tard, l’enfant s’est retournée et a pris sa première bouchée.

Trois mois plus tard, elle était totalement autonome. Après six mois, elle communiquait, parlait. Elle a arraché le tube de son estomac et est ensuite retournée chez elle et à cause d’une infection dans ce trou, on l’a amenée à l’hôpital et les docteurs ont voulu pratiquer une chirurgie pour reformer son estomac et reconstruire les tissus. Mais Paula a refusé parce qu’elle était persuadé qu’elle guérirait sans cela.

Dans cet hôpital où pendant trois ans elle n’avait mangeant aucune bouchée, elle était une célébrité et les gens ne pouvaient pas croire que depuis six mois elle mangeait seule. Elle mangeait avec grand appétit, des sandwichs de beurre d’arachide pour le petit déjeuner et trois repas par jour. Le neurologue pédiatre avait dit à Paula quand elle avait amenée la petite à l’hôpital : « Je ne veux pas que vous sortiez cet enfant de l’hôpital. Je ne veux pas que vous alliez chez ces gens. Ils sont fous; il n’y a rien à faire pour elle sauf ce qu’on fait ici. Si vous allez là, je ne vous aiderai plus. Je ne voudrai plus jamais avoir de contact avec cet enfant. » Quand Paula est revenu dans sa ville, le docteur ne lui a pas parlé. En fait, on a boycotté les entrevues qu’elle a données à de grand journaux. Le docteur a maintenu le silence absolu Quand il est entré dans la chambre de la petite, il l’a observée puis s’es retourné vers Paula et lui a dit : «Vous savez, je ne l’aurais pas cru si je ne l’avais pas vu de mes propres yeux. C’est étonnant. » Puis son visage est devenu sévère et il a dit à Paula : «Je pense toujours que vous avez eu tort de la sortir de l’hôpital. «Et il est resté debout, songeur pendant un certain temps.

J’ai l’impression que nous en venons à mettre en doute bien des croyances ancrée profondément en nous, en particulier sur notre corps et notre santé.

Tout peut être remis en question. Nous recevons des appels et des courrier du monde entier. C’est ce qui explique notre affiche «Une place pour des miracles».

Vous employez le terme «miracle».

À propos, c’est une étiquette que l’on nous a donnée par les gens qui sont passés par nos ateliers. D’abord laissez-moi démystifier le mot «miracle». C’est tout simplement un résultat étonnant, qu’on ne croyait impossible. Je vous ai exposé plusieurs exemples. Je vous laisse décider par vous-mêmes quel qualificatif conviendrait le mieux.

Voici un autre exemple, Raun a travaillé avec nous pour la durée d’une année avec un petit Mexicain. Nous faisions une session avec ce petit enfant, qui courrait dans la pièce, n’avait aucun contact des yeux. Alors Raun court et nous sommes assis contre le mur. Alors Robertito s’est assis les jambes croisées et s’est assis face à Raun. L’enfant bougeait ses doigts devant ses yeux et frottait ses jambes. Soudain il a regardé Raun qui a saisi son regard, il ont incliné leur tête et se sont donné un coup de pied l’un à l’autre. Nous étions conscients que Robertito donnait un petit coup à quelqu’un pour la toute première fois. Ils se sont regardés pendant une longue minute. Puis Raun, cinq ans, nous a dit : «Nous nous disons la vérité l’un à l’autre. Nous le faisons avec nos yeux.» Il démontrait une compréhension profonde de la situation.

Cette expérience vous a sans doute beaucoup transformé !

Raun a été une inspiration pour nous comme famille. Nous avons passé trois ou quatre ans oû nous nous sommes occupés de lui, nous étions très reconnaissants d’avoir un enfant autiste. Il nous a apporté un défi d’être nous-mêmes et de prendre de plus en plus confiance en nous.

Nous avons alors voulu nous ouvrir à d’autres enfants. Nous avons voyagé et travaillé dans plusieurs parties du monde. Nous sommes allés en Amérique du Sud où il y avait ce petit garçon alimenté par intraveineuse dans le cou, tentant de tenir son cerveau en vie. Son estomac était sérieusement dégénéré, ses bras et ses pieds tout maigres.

Quand nous avons travaillé dans cet orphelinat, nous avons voulu ouvrir notre famille, nos cœurs à un autre enfant, pour rendre ce que Raun nous avait donné. Donc nous avons adopté ce petit garçon dont on disait qu’il avait le cerveau endommagé. Et nous avons travaillé avec lui pendant onze mois. Il est ce que j’appellerais un enfant oublié. À six ans, il était un enfant vigoureux et joufflu. L’orphelinat nous avait indiqué qu’il y avait un petit enfant dont la mère était morte quand il avait trois ans et demi. Son père avait tenté de le tuer par un coup de couteau à la gorge. Le garçon a réchappé de l’attaque, a été placé dans la section psychiatrique d’un orphelinat ; on l’avait diagnostiqué comme psychotique. Il ne parlait à personne, il ne participait à aucune activité, il avait le sommeil perturbé. Donc le directeur nous a appelés et m’a parlé de ce petit enfant très spécial. Personne ne voulait de cet enfant.

Je pensais qu’il avait besoin d’un environnement thérapeutique, ouvert. Puis il m’a dit : «Le prendriez-vous?» Je lui ai aussitôt dit : «Absolument !» Il m’a demandé si je voulais en discuter d’abord avec Samahria et j’ai répondu : «Non. »

Trois heures plus tard Samahria entre dans mon bureau et je lui demande : «Que penserais-tu d’adopter un enfant ? » Et je lui ai expliqué la situation. Elle m’a regardé et m’a simplement dit : «Excellent. Faisons-le. » Et j’ai ajouté : « Je pensais bien que ce serait ta réponse. J’ai déjà dit oui depuis quelques heures maintenant. » Nous n’avions jamais vu cet enfant. Il ne communiquait avec personne, d’aucune façon. Nous avons travaillé avec lui pendant environ neuf mois. Il a appris à s’endormir en se couchant et à avoir confiance. Il est sociable, bavard et vif.

Vous aimez les grands défis : adopter un enfant aussi défavorisé !

Nous avons adopté un autre enfant du Salvador. Sa mère est morte quand elle avait cinq ans et demi. Sa mère était une prostituée. La fille avait l’habitude d’observer ses ébats de sa mère. On nous demande souvent : «Qu’est-ce qui ne va pas chez vous ? Vous recherchez les ennuis dans votre vie ?» Pas pour moi. Quand j’ai reçu cet appel, j’y ai vu un autre opportunité. Maintenant elle est grande, elle est très dynamique, déterminée, elle est très femme.

Vos filles l’ont-elles accepté ?

Eh bien, c’était l’autre clé! Comme quand nous avons commencé à adopter des enfants. elles ont inventé leurs questions : «Allons-nous perdre du temps avec vous ? Restera-t-il moins d’argent pour nous ? Serons-nous toujours capables d’aller à l’université ?» Tout ce tralala. Mais elles en sont revenues en quelques instants. Chacune a adopté chaque enfant en son for intérieur. Et elles ne le changeraient pas pour quoi que ce soit au monde. Elles ont grandi par ces expériences.

Et tout ce beau monde se mélangeait bien dans votre famille arc-en-ciel ?

Oui, n’en doutez pas. Voici un exemple concret. Raun avait douze ans et elle était physiquement agressive avec lui. Elle l’étreignait, l’embrassait et il ne voulait rien en savoir. Il est venu me voir et m’a dit: «Écoute, j’ai besoin d’un dialogue Option. Je dois mettre au point comment je pense ds Sage.» «Pourquoi as-tu besoin d’un dialogue?» D’une façon ou d’une autre, ce fut une belle expérience à portée pédagogique pour Raun et pour nous tous.

Je ne recherche pas les ennuis, mais je m’ouvre à d’autres. Pour moi c’est simplement la chose à faire.

Quand notre fille Bryn a étudié à l’université pour devenir assistante sociale et travailler avec des enfants. Thea est danseuse. Elle fait partie d’une troupe dont elle est le membre le plus jeune. Je l’ai entendu dire : «Je suis la personne la plus chanceuse du monde car je suis né dans cette famille. Je suis si reconnaissante.» Et cela, à un âge que les parents considèrent d’habitude comme le plus difficile. Tous ses amis lui demandent conseil, mais elle fait mieux que leur donner des conseils. Elle les aide à se découvrir eux-mêmes. Je suis émerveillé de voir mes enfants s’épanouir et avoir l’impression de leur avoir donné ce qui est le mieux pour eux, et sans me sentir responsable de leur vie, sans m’inquiéter d’eux et croire qu’ils savent ce qui leur convient.

Après les résultats de votre travail avec Raun, d’autres professionnels ont-ils décidé de travailler de la même façon ?

Certains éducateurs sont ouverts à notre approche. À nos ateliers, nous recevons des participants de tous les continents du monde. La plupart travaillent avec des enfants spéciaux.

Où avez-vous acquis votre patience, votre acception ? Cela a-t-il cliqué à un certain point ?

La première étape de tout changement est la conscience. Une fois que je deviens conscient par exemple que je suis vexé, quand quelqu’un aborde un certain sujet par exemple, ou dit quelque chose d’une certaine façon, je sais que je suis touché. Une fois conscient, je peux réviser mes pensées.

Au début de ma pratique de l’approche Option, je disais : « Excusez-moi, je dois aller à la salle de bains immédiatement. Et j’allais y poursuivre mon dialogue avec moi-même. Je me suis rendu compte que ma colère ou ma désapprobation était inefficace de toute façon. Alors je retournais et je disais : «Que disiez-vous ?» Alors je pouvais répondre d’une façon où je me sentais bien.

Après avoir travaillé sur moi de cette façon dans de multiples situations, j’en suis venu à accepter de mieux en mieux tout ce que la vie me servait. Voilà comment j’ai pu accepter totalement que Raun soit autiste, qu’il pourrait être ainsi pour le reste de sa vie. C’était ok pour moi. Et je pourrai toujours dire que ce fut une occasion pour moi de faire quelque chose avec cette situation. Pour moi c’était juste un autre enfant, simplement différent. En acceptant vraiment une situation, on a beaucoup plus de capacité de la changer. En étant conscient de mon état, je peux changer. Je n’ai pas eu besoin que Raun change pour être heureux. Je restais conscient de mon désir de communiquer avec lui d’une façon ou d’une autre. C’est la clé.

Vous n’avez jamais perdu votre motivation ?

Non. Mais je suis resté libre de ne pas le faire.

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